Un petit déjeuner : court moment alimentaire, quotidien, vite oublié pour passer à la suite de la journée. Un « Break fast », pour casser le jeune de la nuit. Un repas souvent pris seul. J’ai constaté qu’aux US, comme en Grande Bretagne ou en Asie, il est plus consistant. Peut-être moins solitaire aussi. Récit d’un voyage à bord de notre Ford Mustang rouge, sous l’angle de quelques petits déjeuners pris dans l’ouest américain.
Le premier Denny’s, Phoenix, Arizona
Ce diner ne m’était pas inconnu. Il provoqua une réminiscence de souvenirs, ceux d’une enfant découvrant un lieu où l’on a pensé à inclure un menu spécial complété d’une feuille et de crayons de coloriage. C’était avant mon premier Mc Donald’s de région parisienne et j’avais six ans.
Les trois diners Denny’s dans lesquels nous avons petit déjeuné au cours de notre périple ont chacun renfermé un accueil simple et chaleureux, un décor de couleurs et de matériaux chauds, dont le bois, créant un ensemble vieillot mais cosy.
Le Denny’s se veut être - et est effectivement pour les mangeurs - une enseigne destinée à la famille. Ce jour-là, comme il se devait, une personne chargée du service du café était armée de la cafetière à la forme si « Tarantino-Cohen brothers-Jarmushienne », la forme du cinéma américain qui me façonne. Cette personne travaillait là depuis 17 ans. Sa fille était venue la rejoindre à cette même tâche quelques années auparavant.
Les mangeurs rencontrés : une bande de trois collègues et amis d’origine mexicaine. C’était dimanche et pourtant, pour eux, c’était avant d’aller travailler. Ils fêtaient discrètement l’anniversaire de l’une d’entre eux. L’homme de la bande m’expliqua qu’ici c’était bon, mais qu’au diner d’à côté, ils faisaient des plats plus piquants qu’il préférait.
Petits déjeuners préférés : œufs brouillés, hash browns et bacon. Il s’agit du plat qui serait le plus cité par les personnes rencontrées au cours de ce voyage.
Un petit déjeuner frugal chez l’habitant
Le petit déjeuner chez le frère de Dan à Los Angeles fut le seul que nous ayons pris dans une maison, chez un habitant. Du café, des céréales et du lait. Habituel ? De ce que nous ont dit les mangeurs des diners, oui, il est habituel de manger des céréales chez-soi, particulièrement pour les enfants, mais aussi pour les plus grands. Je n’en n’ai jamais retrouvé dans les diners. Ou plutôt si, je me souviens du Brandin Iron, au fin fond de l’Utah, où les petits paquets de céréales Kellogg’s étaient disposés sur une étagère inaccessible, comme si ces denrées étaient conservées au cas où il y aurait un jour pénurie des autres.
La force d’un endroit recommandé par les habitants : Pete’s place, Californie
Dans le fin fond de la Californie, bien loin des SF et LA, Pete’s place était le diner préféré d’une petite ville aux abords paisibles. Situé à côté d’un McDonald’s et d’une station service, il nous avait été recommandé sans hésitation par la vendeuse de la station. « Le Mc Do aux touristes, chez Pitt’s place, l’accueil est « warm » et les « break fast » sont « hearty » ». « Hearty » : un mot que prononcerait également un couple, à l’intérieur de ce restaurant, afin de qualifier l’opulence des assiettes. C’était un couple du terroir, que l’on aurait pu retrouver en second rôle du film The Big Lebowski, cheveux gris et cheveux longs. Le mari vanta la qualité des œufs qu’il venait manger ici chaque week-end avec sa femme.
L’habitude de prendre un petit déjeuner au diner, avant d’aller travailler
Au IHOP situé à côté de Las Vegas, je sentais l’attraction produite par un restaurant franchisé en pleine croissance. Celui-ci se voulait être spécialisé dans le pancake et une déclinaison de cette crêpe épaisse y était logiquement proposée. Pas seulement. La carte faisait ses dix pages, entre propositions d’œufs sous toutes les formes, de burgers et de French toasts. Le serveur nous informa que les mangeurs touristes ici présents allaient bientôt disparaître pour laisser place aux seuls salariés de la petite ville. Marquant la fin des vacances pour les Américains.
Un vrai drive-in, Sonic, à Page, Arizona
Place au “take away”. L’une de nos dernières explorations matinales fut Sonic, un véritable drive-in. Il n’y avait pas de restaurant à cet endroit, simplement une file d’automates retransmettant les commandes aux serveurs, humains, eux. Selon Dan, l’enseigne « Sonic » était connue pour employer des serveuses travaillant en patins à roulettes. Intriguant ! Plutôt Happy Days ou Roller Girl ? None. Un jeune gars d’aspect plutôt ancré dans le nouveau millénaire vint nous apporter le breakfast : café, potato chips et petits burgers. Au fil des jours, se dépatouiller pour manger certains repas dans la voiture tout en conduisant était devenu une habitude.
Un western à Caliente, UTAH
Avant cela, nous avions vécu deux jours en pleine campagne, autour et dans la ville de Caliente. Le diner dans lequel nous avions petit déjeuné était décoré des plaques de bois des propriétaires de terres d’élevages bovins alentours. Cela et les chapeaux des clients, il ne nous en fallait pas plus pour nous sentir une âme de cowboy. Nous y avons rencontré trois hommes, amis de longue date, qui discutaient autour d’un café. Un seul était vieux garçon, les deux autres abandonnaient leur famille pour honorer ce rendez-vous quotidien.
Breakfast in America, les Américains avaient donc des manières de table
De toutes les personnes que nous avons rencontrées dans ces diners, une seule prenait son petit déjeuner seule. Les autres étaient venues en famille ou entre amis, après la messe, avant d’aller travailler, avant d’aller faire les magasins ou bien avant de se dire au revoir. Se retrouver autour d’un repas copieux, sans avoir besoin de le cuisiner : il y avait bien sûr une demande de praticité dans l’air, mais bien plus, un besoin de se poser un moment, ensemble. Faits qui allaient à l’encontre de l’image d’Epinal (d’un New Epinal) de l’Américain mangeant n’importe où, n’importe quand, n’importe quoi et qui plus est sans ses confrères. Finalement, à bord notre Mustang rouge, parfois mangeant tout en conduisant, c’est nous qui nous étions le plus rapprochés du cliché.
A St Louis, comme à la Nouvelle Orléans, se déroule chaque année le festival de Mardi Gras.
En rejoignant mes amis là-bas, j’ai en tête la catastrophe de Katrina, qui six mois auparavant a jeté un voile noir sur l’Amérique entière.
Cette année, lors des céléblrations de St Louis, les habitants vont-ils porter un deuil symbolique?


Au bord de la route, surélevée sur un échafaudage, je peux observer la foule plutôt jeune, déguisée, et parfois composée d’enfants. Je distingue au loin les chars. Lorsqu’ils s’approchent, les colliers volent vers l’assemblée. Une fille perchée sur des épaules dévoile alors son torse aux lanceurs. Aux Etats-Unis, se dénuder est un tabou et Mardi Gras, tout autour du monde, est synonyme de dépassement des interdits propres à chaque culture.
Après la parade, un concert débute sous le chapiteau. Les chansons des années 70 nous acccompagnent tandis que nous nous allons de maison en maison. Les propriétaires ont organisé de petites fêtes. Ils sont d’autant plus heureux d’accueillir des inconnus chez-eux que ceux-ci sont couverts de colliers.
A dix-neuf heures, le concert terminé, la foule et les amis fatigués se dispersent jusqu’au mardi suivant, pour la parade finale, qui parachève ce Mardi Gras festif, et surtout pas passif, à Saint-Louis.