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2009 juin 10

Un voyage au pays du petit déjeuner : Breakfast in America

Un petit déjeuner : court moment alimentaire, quotidien, vite oublié pour passer à la suite de la journée. Un « Break fast », pour casser le jeune de la nuit. Un repas souvent pris seul. J’ai constaté qu’aux US, comme en Grande Bretagne ou en Asie, il est plus consistant. Peut-être moins solitaire aussi. Récit d’un voyage à bord de notre Ford Mustang rouge, sous l’angle de quelques petits déjeuners pris dans l’ouest américain.

Le premier Denny’s, Phoenix, Arizona

Ce diner ne m’était pas inconnu. Il provoqua une réminiscence de souvenirs, ceux d’une enfant découvrant un lieu où l’on a pensé à inclure un menu spécial complété d’une feuille et de crayons de coloriage. C’était avant mon premier Mc Donald’s de région parisienne et j’avais six ans.

Les trois diners Denny’s dans lesquels nous avons petit déjeuné au cours de notre périple ont chacun renfermé un accueil simple et chaleureux, un décor de couleurs et de matériaux chauds, dont le bois, créant un ensemble vieillot mais cosy.

Le Denny’s se veut être - et est effectivement pour les mangeurs - une enseigne destinée à la famille. Ce jour-là, comme il se devait, une personne chargée du service du café était armée de la cafetière à la forme si « Tarantino-Cohen brothers-Jarmushienne », la forme du cinéma américain qui me façonne. Cette personne travaillait là depuis 17 ans. Sa fille était venue la rejoindre à cette même tâche quelques années auparavant.

Les mangeurs rencontrés : une bande de trois collègues et amis d’origine mexicaine. C’était dimanche et pourtant, pour eux, c’était avant d’aller travailler. Ils fêtaient discrètement l’anniversaire de l’une d’entre eux. L’homme de la bande m’expliqua qu’ici c’était bon, mais qu’au diner d’à côté, ils faisaient des plats plus piquants qu’il préférait.

Petits déjeuners préférés : œufs brouillés, hash browns et bacon. Il s’agit du plat qui serait le plus cité par les personnes rencontrées au cours de ce voyage.

Un petit déjeuner frugal chez l’habitant

Le petit déjeuner chez le frère de Dan à Los Angeles fut le seul que nous ayons pris dans une maison, chez un habitant. Du café, des céréales et du lait. Habituel ? De ce que nous ont dit les mangeurs des diners, oui, il est habituel de manger des céréales chez-soi, particulièrement pour les enfants, mais aussi pour les plus grands. Je n’en n’ai jamais retrouvé dans les diners. Ou plutôt si, je me souviens du Brandin Iron, au fin fond de l’Utah, où les petits paquets de céréales Kellogg’s étaient disposés sur une étagère inaccessible, comme si ces denrées étaient conservées au cas où il y aurait un jour pénurie des autres.

La force d’un endroit recommandé par les habitants : Pete’s place, Californie

Dans le fin fond de la Californie, bien loin des SF et LA, Pete’s place était le diner préféré d’une petite ville aux abords paisibles. Situé à côté d’un McDonald’s et d’une station service, il nous avait été recommandé sans hésitation par la vendeuse de la station. « Le Mc Do aux touristes, chez Pitt’s place, l’accueil est « warm » et les « break fast » sont « hearty » ». « Hearty » : un mot que prononcerait également un couple, à l’intérieur de ce restaurant, afin de qualifier l’opulence des assiettes. C’était un couple du terroir, que l’on aurait pu retrouver en second rôle du film The Big Lebowski, cheveux gris et cheveux longs. Le mari vanta la qualité des œufs qu’il venait manger ici chaque week-end avec sa femme.

L’habitude de prendre un petit déjeuner au diner, avant d’aller travailler

Au IHOP situé à côté de Las Vegas, je sentais l’attraction produite par un restaurant franchisé en pleine croissance. Celui-ci se voulait être spécialisé dans le pancake et une déclinaison de cette crêpe épaisse y était logiquement proposée. Pas seulement. La carte faisait ses dix pages, entre propositions d’œufs sous toutes les formes, de burgers et de French toasts. Le serveur nous informa que les mangeurs touristes ici présents allaient bientôt disparaître pour laisser place aux seuls salariés de la petite ville. Marquant la fin des vacances pour les Américains.

Un vrai drive-in, Sonic, à Page, Arizona

Place au “take away”. L’une de nos dernières explorations matinales fut Sonic, un véritable drive-in. Il n’y avait pas de restaurant à cet endroit, simplement une file d’automates retransmettant les commandes aux serveurs, humains, eux. Selon Dan, l’enseigne « Sonic » était connue pour employer des serveuses travaillant en patins à roulettes. Intriguant ! Plutôt Happy Days ou Roller Girl ? None. Un jeune gars d’aspect plutôt ancré dans le nouveau millénaire vint nous apporter le breakfast : café, potato chips et petits burgers. Au fil des jours, se dépatouiller pour manger certains repas dans la voiture tout en conduisant était devenu une habitude.

Un western à Caliente, UTAH

Avant cela, nous avions vécu deux jours en pleine campagne, autour et dans la ville de Caliente. Le diner dans lequel nous avions petit déjeuné était décoré des plaques de bois des propriétaires de terres d’élevages bovins alentours. Cela et les chapeaux des clients, il ne nous en fallait pas plus pour nous sentir une âme de cowboy. Nous y avons rencontré trois hommes, amis de longue date, qui discutaient autour d’un café. Un seul était vieux garçon, les deux autres abandonnaient leur famille pour honorer ce rendez-vous quotidien.

Breakfast in America, les Américains avaient donc des manières de table

De toutes les personnes que nous avons rencontrées dans ces diners, une seule prenait son petit déjeuner seule. Les autres étaient venues en famille ou entre amis, après la messe, avant d’aller travailler, avant d’aller faire les magasins ou bien avant de se dire au revoir. Se retrouver autour d’un repas copieux, sans avoir besoin de le cuisiner : il y avait bien sûr une demande de praticité dans l’air, mais bien plus, un besoin de se poser un moment, ensemble. Faits qui allaient à l’encontre de l’image d’Epinal (d’un New Epinal) de l’Américain mangeant n’importe où, n’importe quand, n’importe quoi et qui plus est sans ses confrères. Finalement, à bord notre Mustang rouge, parfois mangeant tout en conduisant, c’est nous qui nous étions le plus rapprochés du cliché.

A la frontière entre la Junk et la Food (At the cusp between Junk and Food)

Un McDonald’s à Page, en Arizona

Tout commence entre la sortie du désert et l’entrée dans la ville de Page, comme cela aurait pu se passer place Carré ou sous les Halles, à Paris. Dans tous les cas, il y a un McDonald’s. Je vois bien que ce ne sont pas les mêmes et que nous n’en avons pas le même usage. Tandis que le McDonald’s américain affiche 12 menus pour son petit déjeuner, le McDonald’s français reçoit plus de 80% de ses visites quotidiennes au déjeuner et au dîner et surtout pas entre les repas.

Je me demande comment ce caméléon des usages, ce McDonald’s malléable et adaptable au monde entier, peut aussi être le plus grand symbole de la Junk.

Est-ce son burger accusé de faire grossir ? Est-ce sa nationalité américaine ? Est-ce sa suprématie planétaire ? Est-ce sa manière infantile de manger, avec les doigts ?

La Junk a grandi avec mais surtout au service des contrecultures jeunes : elle est une manière de dire « merde » à la société en allant contre ses normes.

L’aliment Junk ne ressemble pas à un aliment, c’est un OCNI (un Objet Comestible Non Identifié). Son contenu est nutritionnellement incorrect : trop de sucre et trop de gras, saturé qui plus est, sans aucunes vitamines ou minéraux, sans aucun intérêt pour la santé, au contraire, soulignait le film Fast Food Nation. Son mode de consommation permet la multiplicité des lieux et des postures : assis, debout, en voiture, dans la rue, sur une table, sur un lit ou sur un banc. Pas d’horaires pour la Junk, ou bien si, pas d’horaires de repas. Même le moment du goûter y est une zone hostile.

La Junk et le Fast font bon ménage dans les esprits car ces deux mots, rapportés à l’alimentation, sont « incorrects ». Ils s’opposent à une image de qualité des aliments et de temps passé pour préparer et déguster, une image chère, aux Français en particulier.

En France, Mc Donald’s est devenu premier de la classe

Traditionnellement symbole de la Junk Food, Mc Donald’s fait aujourd’hui apparaître une responsabilité affirmée en matière d’équilibre alimentaire. Par exemple, son offre pour enfants propose des tomates cerise et autres fruits à croquer ainsi que des yaourts. Par ailleurs, les frites se défendent d’être cuites dans une l’huile meilleure pour la santé. Ses usagers sont bons élèves, ils le visitent une fois toutes les trois semaines en moyenne et majoritairement aux heures des repas.

Les pratiques du Mc Donald’s ne correspondent plus aux normes de la Junk.

Pas d’inquiétude, d’autres ont pris le relais. D’autres fastes, attirant moins l’attention des pouvoirs publics car moins représentés, nationalement et internationalement. Ainsi, la Junk n’est pas morte et l’on peut même faire l’hypothèse d’un virement de ses consommateurs, réfractaires temporaires à la pratique des normes sociales du « bien manger », vers les extrêmes du « mal-manger ». Plus : la multiplication des lois, qui, concernant l’alimentation, peut se traduire par la multiplication des « ne pas », pourrait provoquer un mouvement d’opposition, via le contenu des assiettes (si l’en est). Ce, au-delà de l’adolescence.

2009 juin 1

« J’ai participé à l’un des plus grands carnavals des Etats-Unis »

mardi grasA St Louis, comme à la Nouvelle Orléans, se déroule chaque année le festival de Mardi Gras. En rejoignant mes amis là-bas, j’ai en tête la catastrophe de Katrina, qui six mois auparavant a jeté un voile noir sur l’Amérique entière. Cette année, lors des céléblrations de St Louis, les habitants vont-ils porter un deuil symbolique?

A peine suis-je arrivée en ville que mes amis me conduisent dans le quartier de Soulard, où se dérouleront les défilés. Il fait nuit, les stands de rues et les chapiteaux prévus pour l’occasion sont déjà en place, mais vides, ils donnent l’impression d’une ville fantôme. C’est en entrant dans les bars et les pubs que je sens la frénésie festive : la plupart des clients ont revêtu les chapeaux et colliers récoltés l’année passée.

Chapeau !

Le lendemain matin, a peine dehors, nous nous faisons entraîner par la marée humaine qui se dirige vers la parade. crowdpapa bbmask Au bord de la route, surélevée sur un échafaudage, je peux observer la foule plutôt jeune, déguisée, et parfois composée d’enfants. Je distingue au loin les chars. Lorsqu’ils s’approchent, les colliers volent vers l’assemblée. Une fille perchée sur des épaules dévoile alors son torse aux lanceurs. Aux Etats-Unis, se dénuder est un tabou et Mardi Gras, tout autour du monde, est synonyme de dépassement des interdits propres à chaque culture. Après la parade, un concert débute sous le chapiteau. Les chansons des années 70 nous acccompagnent tandis que nous nous allons de maison en maison. Les propriétaires ont organisé de petites fêtes. Ils sont d’autant plus heureux d’accueillir des inconnus chez-eux que ceux-ci sont couverts de colliers.group A dix-neuf heures, le concert terminé, la foule et les amis fatigués se dispersent jusqu’au mardi suivant, pour la parade finale, qui parachève ce Mardi Gras festif, et surtout pas passif, à Saint-Louis.

''CE QUE VOUS DEVEZ SAVOIR POUR VIVRE LE MEILLEUR DU CARNAVAL DE ST LOUIS - Le carnaval se déroule chaque année dans le quartier de Soulard, au cours des deux dernières semaines qui précèdent le mardi gras.

- Pour avoir une bonne vue de la grande parade qui débute à dix heures, mieux vaut arriver une heure en avance.

- Ne pas oublier d’expérimenter les variétés de viandes cuites au barbecue emblématiques de l’événement : les hot dogs de la paroisse, les brochettes de Soulard, et surtout l’impressionnante cuisse de dinde grillée.

PETIT LEXIQUE A L’USAGE DES NON INITIES

- Fat Tuesday: aux Etats-Unis, on parle de « Mardi gras » sans trop savoir de quoi il s’agit. « Fat Tuesday » (traduction anglaise de Mardi Gras), est le jour de pléthore alimentaire, qui précède le mercredi des cendres et le jeûne de quarante jours dans la religion catholique.

- Beads: les colliers de Mardi Gras. De couleurs verte, violette ou dorée, ils sont lancés à la foule du haut des chars

- Krewers: ces personnes se sont réunies pour décorer un char. Les « krewers » défilent et lancent les « beads » à la foule.''